12
Avr
2017
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marine Corbelin lead 3d vr

Rencontre avec Marine Corbelin lead 3D VR

Aujourd’hui débute une nouvelle rubrique sur le blog : les rencontres ! Et oui depuis 2 ans que je côtoie les professionnels de la réalité virtuelle et augmentée, j’ai rencontré des experts métiers passionnés et passionnants. Mais comment en sont-ils arrivés à travailler sur des secteurs encore émergents ou du moins peu connus du grand public ? Comment choisit-on de faire carrière dans la réalité augmentée et la réalité virtuelle alors même que les cabinets d’études s’interrogent encore sur leurs biens fondés et la pérennité économique du secteur ? Quelle formation doit-on suivre pour travailler sur ce secteur ? Cette nouvelle rubrique permettra de rencontrer ceux qui font l’AR et la VR de demain. Aujourd’hui rencontre avec Marine Corbelin lead 3D.

Bonjour Marine, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour Laurence, je m’appelle Marine Corbelin et je suis lead infographiste 3D/ VR en freelance sur Lyon. Mon poste consiste à gérer la production 3D sur des projets VR et temps réel de A à Z, c’est-à-dire de la réunion client à la livraison des éléments. J’assure également la production 3D lorsque cela est nécessaire.

Pourriez-vous retracer votre parcours scolaire et formation ?

Après un bac L en poche, j’ai passé le concours d’entrée en école d’infographie (pôle IIID) où j’ai suivi un cursus de 3 ans pour obtenir un diplôme de concepteur/ réalisateur 3D.

Quel est le chemin professionnel qui vous a amené comme freelance lead 3D aujourd’hui ?

Après mes études j’ai quitté Lille pour Paris afin de réaliser mon stage de fin d’étude dans le jeu vidéo. A la fin de mon stage j’ai trouvé mon premier job en tant qu’infographiste 3D temps réel pour la société IWD qui a créé un logiciel de merchandising en ligne. Je suis restée 6 ans dans cette société. Au bout de 2 ans, et suite au départ de mon collègue graphiste, je suis passée lead et j’ai commencé à recruter, former et gérer des freelances en France, en Belgique et aux Etats-Unis pour assurer la production.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

A la fin du lycée, comme j’adore les langues étrangères je voulais m’orienter vers la traduction/ l’interprétariat. A l’époque je dessinais beaucoup et j’ai toujours eu un penchant pour le milieu artistique. Mais suite à une visite au salon de l’étudiant tout a basculé. J’ai toujours aimé les jeux vidéo, depuis que je suis toute petite, et à l’époque je pensais qu’il fallait forcément avoir fait des études scientifiques pour travailler dans ce domaine.

J’ai rencontré des étudiants de ce qui allait devenir ma future école, qui m’ont expliqué tout ce qu’ils faisaient et apprenaient, et que l’école était ouverte à tous les profils. Ça a été le déclic et je me suis dit « mais c’est ça que je veux faire !!! ». Parmi tous les métiers possible en tant qu’infographiste, j’ai tout de suite accroché sur la 3D temps réel. J’aimais bien le côté rigoureux et discipliné qu’il fallait avoir pour optimiser au maximum chaque objet et respecter les contraintes. J’ai donc persévéré dans cette voie.

Quelles sont les différences entre travailler en agence et être freelance ?

Il y a plusieurs grosses différences et sur plusieurs points. La plus évidente c’est qu’on est son propre patron, ça veut dire qu’on peut choisir ses clients et varier ses tâches, alors que dans une agence on sera amené à faire toujours un peu la même chose.

Ça veut aussi dire que personne ne sera là pour vous motiver à travailler, et que vous gérez vous-même votre rythme de travail. C’est pourquoi être freelance demande une grande rigueur personnelle pour ne pas se laisser aller.

En agence on a la sécurité de l’emploi, en freelance il faut apprendre à faire le travail de commercial, mais aussi de négociateur et de comptable. Il faut bien gérer son temps et ses revenus pour éviter de trop stresser à la moindre baisse de régime. En résumé, on a une plus grande liberté en tant que freelance, mais elle est à double tranchant.

Pouvez-vous me dire, par le biais d’une journée type, en quoi consiste votre travail de lead 3D ?

Il n’y a pas vraiment de journée type, ça dépend vraiment du client et de sa demande. La première tâche que je fais tous les matins sans exception est de dépiler les mails et messages urgents avec un thé (indispensable 😉).

En général je prépare un planning sur 1 à 2 semaines avec mes clients, comme ça je sais quelles tâches sont à faire pour quelle date. Ensuite en fonction, je prépare les briefs de production pour les freelances, ou je check les éléments 3D qu’ils m’ont livré pour leur faire mes retours éventuels. Je suis toujours disponible via Skype ou Slack au cas où une demande urgente tombe, mais le reste du temps je fais mon travail et reporte les avancées régulièrement au client.

Il arrive parfois que je doive aller en rendez-vous client, ou voir les équipes de développeurs pour faire évoluer les outils. Lorsque je n’ai pas de client ou pas à temps plein, je passe du temps sur les réseaux sociaux pour faire de la veille technologique, et j’en profite pour me former et expérimenter de nouvelles techniques et de nouveaux outils. Comme je donne parfois des talks publics, il m’arrive aussi de consacrer plusieurs jours à la réalisation des slides et aux répétitions. Lorsque je reçois des courriers je garde une petite heure le midi ou en fin de journée pour scanner les documents ou mettre à jour la compta.

Quel est le processus pour réaliser un bon projet ?

La clé c’est la communication. Il faut bien définir le besoin du client et bien le comprendre pour pouvoir y répondre au mieux. Je choisis les freelances avec qui je travaille en fonction de leurs compétences techniques et humaines. L’important est de construire une relation de confiance, s’il y a un problème je les pousse à m’en parler pour que la production se passe le mieux possible, que ce soit côté client ou côté freelance.

Il ne faut pas avoir peur de rappeler au client les principes de base :

un bon projet webdesign

un bon projet webdesign – source : http://www.webdesign.tn/meel/wp-content/uploads/2014/12/infographie-projet-web.jpg

Un bon projet est un projet bien défini, avec les ressources nécessaires à sa réalisation et dans un délai raisonnable.

Quelles sont les compétences et les qualités dont doit disposer un freelance lead 3D ?

Une bonne discipline personnelle pour le côté freelance. Pour la partie lead 3D il faut être curieux pour toujours rester à jour sur les nouvelles technologies qui évoluent très vite dans notre secteur. Une grande rigueur pour ne pas se perdre en milieu de projet, et de l’empathie.

Et quels seraient vos conseils à un jeune qui souhaiterait faire le même travail ?

Contrairement à ce qu’on peut essayer de vous vendre, on ne devient pas lead à la sortie de l’école. Il faut d’abord avoir une ou plusieurs expériences en entreprise pour comprendre les rouages et gérer le côté humain. Faire des projets entre étudiants c’est bien, mais c’est très différent de ce que vous allez expérimenter au travail. Prenez du recul sur vos expériences et observez. J’ai eu la chance d’avoir un bon et un très mauvais manager, et ça m’a beaucoup aidé à définir ce qu’il fallait faire et ne pas faire.

Que conseilleriez-vous aux étudiants qui voudraient travailler sur les marchés de la réalité augmentée et réalité virtuelle ?

Je les y encourage. On a la chance de voir arriver deux nouvelles technologies qui vont être révolutionnaires et pour lesquelles tout reste encore à faire ! Jusque-là dans nos cursus scolaires on avait le choix de partir dans l’architecture, le jeu vidéo ou les VFX. La VR et l’AR touchent des secteurs très différents (enseignement, formation, médecine, entertainment, immobilier, tourisme…) donc ouvrent énormément de nouvelles possibilités.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

L’avantage c’est que je développe le côté humain tout en gardant un pied dans la technique que j’affectionne. L’inconvénient c’est que généralement je fais bien plus d’excel que de 3ds max 😃

Quelles sont les autres carrières envisageables avec votre expertise ?

Je pense rester freelance encore quelques années. Même si je ne suis pas fermée à l’idée de reprendre un poste fixe dans une entreprise, si le projet me motive particulièrement. Par la suite je pourrai envisager un poste de lead tech 3D/ VR ou évangéliste VR/AR pour continuer à répandre la bonne parole et séduire de nouveaux clients.

La réalité augmentée et la réalité virtuelle sont deux technologies en pleine croissance mais surtout en pleine évolution technique. Que cela change-t-il pour votre métier ?

Comme je suis spécialisée en 3D temps réel, je possède déjà les connaissances de base pour créer du contenu 3D compatible avec ces technos. Avec l’arrivée de la VR et l’AR, mon travail se concentre surtout sur l’apprentissage des nouvelles contraintes techniques à respecter, et à travailler main dans la main avec les développeurs pour créer de nouveaux outils.

Selon vous quel est l’avenir de la réalité virtuelle ?

On va voir arriver des casques sans fils, qui intégreront tous les composants pour être autonomes. Plus besoin de PC puissant pour les utiliser. J’imagine des casques plus légers et compacts, et des expériences encore plus immersives.

Quel est l’avenir de la réalité augmentée à votre avis ?

Je pense que cette techno émergera auprès du grand public avant la réalité virtuelle. On a déjà pas mal d’exemples qui existent depuis plusieurs années, mais qu’on ne définissait pas par le terme AR. Les sites web où l’on pouvait essayer des lunettes, les petits jeux derrière les boîtes de céréales qui nécessitaient d’utiliser votre webcam, par exemple. Je pense que cette techno séduira plus facilement le grand public car elle isole moins du monde extérieur que la réalité virtuelle, les gens sont rassurés de toujours être conscient de leur environnement.

Quelles sont vos attentes ?

On a encore de gros efforts à faire pour avoir un FOV plus large et des lunettes plus légères voire inexistantes (lentilles).

Quelles est la meilleure expérience de réalité virtuelle/réalité augmentée d’après vous ?

En réalité augmentée j’ai été très touchée par l’expérience « More Than A Sign » qui montre la puissance des messages qu’on peut délivrer via cette techno.

En réalité virtuelle je vais en citer 2 :

J’ai adoré « the Blu », parce que j’ai toujours rêvé de faire de la plongée mais j’ai une peur bleue des profondeurs. Je regarde beaucoup de documentaires sur les fonds marins, je voulais être océanographe quand j’étais petite, et ça m’a vraiment permis de vivre quelque chose que je ne ferai peut-être jamais dans ma vie.
J’ai aussi été très marquée par « Titans of Space » suite à une démo. Je l’avais fait tester à une conférence de développeurs, et l’un d’entre eux avait les larmes aux yeux en enlevant le casque. Il m’a expliqué qu’il était très ému parce qu’il avait la sensation d’avoir réalisé son rêve d’enfant.

Lors de votre visite du salon Laval Virtual qu’en avez-vous retenu ?

On arrive à des projets plus matures et aboutis. Les deux technos commencent à être comprises et acceptées par les entreprises, et les différents secteurs auxquels elles peuvent contribuer. Des groupements et des associations se créent en France pour aider au développement des deux technos et on a aussi pu voir que la Chine, au travers du hardware, sera sans doute un des pays leader sur le marché.

L’émotion et l’engagement des sens dans un dispositif AR et VR sont très présents, comment intégrez-vous cette dimension dans vos projets ?

En tant que créateur de contenu il est important de réfléchir aux questions éthiques, et de veiller à ne pas traumatiser les utilisateurs.

Je joue sur les émotions des utilisateurs directement dans la création d’environnements 3D. Des appartements au design particulier pour aider l’utilisateur à se repérer et à se projeter, une pièce à l’ambiance cosy et chaleureuse pour avoir envie de passer du temps à regarder des expériences VR par exemple. On verra arriver dans le futur des projets dans lesquels on travaillera le visuel, le son, mais aussi les autres sens comme le toucher et l’odorat qui sont peu ou pas exploités pour le moment. La VR est un outil très intéressant à utiliser du fait de son action sur notre cerveau, mais il est aussi dangereux. En tant que créateur de contenu il est important de réfléchir aux questions éthiques, et de veiller à ne pas traumatiser les utilisateurs.


Merci Marine pour avoir pris le temps de répondre à mes questions.

« Marine m’a accompagné dans un projet 3D : Modélisation d’un « Coffee Corner Lavazza » 3D et intégration complète dans Sketchfab pour une visualisation en réalité virtuelle via Google cardboard. La compréhension de notre besoin et la rapidité de réalisation ont permis que ce projet rencontre un véritable succès. » Laurence Thébault


Vous pouvez retrouver le travail de Marine Corbelin sur son blog.

Ses réseaux sociaux Linkedin et Twitter @nanakola

Marine anime des ateliers et meetups avec passion. N’hésitez pas à la contacter pour vos projets.

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